Par Myriam Poliquin

Y'a une de tes chansons du passé qui exprime le souhait de « retenir le décor ». J'voudrais t'emprunter l'image ce matin, alors que je te regarde dormir, quelques secondes avant de me lever.

Je quitte le sud de la France tantôt.


J'ai envie de décommander les techniciens de scène, leur dire qu'on poursuit avec des représentations supplémentaires; rappeler les musicien.ne.s qui nous ont généreusement accompagnées pour chacun des actes, incluant ceux qui coloraient l'atmosphère dans les bus et sur le parvis des cathédrales; prévoir davantage d'olives, de pastis, de fromages de chèvre, de poissons... Cela, sans oublier cette fois de planifier deux entractes, plutôt qu'une, où on pourra lire et, SURTOUT, écrire!

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À l'inverse, j'voudrais aussi t'enlever en laissant les valises dans la loge. Nous alléger encore quelques jours en ne trimbalant avec nous que les clés de [nos] maison[s] dans un lieu dont on ne sait rien toutes les deux, où notre langue maternelle aura des airs d'obscur code secret entre sœurs. Tsé, juste pour user davantage de notre capacité d'adaptation, de notre patience, de notre ouverture d'esprit. Ensemble, dénouer nos résistances, élargir nos cartes mentales. C'est-y pas un programme qui te tente?

 

 

Pour pas tomber dans une nostalgie précoce, j'suis obligée de me rappeler les phrases que je t'ai servies durant le périple, quand on quittait les personnes avec qui nous avions serré les premiers nœuds de l'amitié:

« Laisse la gratitude monter. Ne sois pas triste de ce qui se termine, remercie pour ces moments partagés. »

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Je te disais que, pour moi, voyager, c'est aussi synonyme de petits deuils qui enrichissent le terreau de mes prochaines découvertes. Celles que j'aborde alors avec plus de soin, comme pour de précieux artefacts, et pour lesquelles je m'applique à savourer l'exhumation. Dans ces séparations douloureuses avec des lieux, mais surtout des personnes, j'imagine que j'attache un fil doré extensible entre nos cœurs.

 

La vie, ce serait alors une grande broderie scintillante à échelle humaine.

 

***

Toi pis moi, dans les dix (bientôt 11!!) dernières années, on a mis nos écheveaux en commun, pis renforci le tambour l'une de l'autre. Du ciel, je sais pas trop de quoi notre fabricolage de jeunes adultes a l'air. Ça m'importe peu, je te sais indulgente avec moi.

Je profite de ce cadeau d'amitié que l'on s'offrait au pays de nos saveurs préférées pour renouveler mes vœux:

Très chère amie, accepteriez-vous qu'on continue à s'assister dans cette broderie? J'aime bien démêler et trier le matériel avec vous et... je vous prête mes bons ciseaux coupants en échange de votre précieux savoir-faire, celui qui adoucit la pointe de mes aiguilles.

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 « On avance. On avance. On recule pas! »